De la bonne manière de parler de l’ultranationalisme en Ukraine

Le sujet de l’extrême droite en Ukraine ne cesse de faire son come-back. Je me rappelle par exemple avoir parlé dans ce fil Twitter, dans les premières semaines de la guerre de haute intensité lancée par la Russie, du caractère récurrent de la dénonciation et de la focalisation sur le sujet.

Récemment encore, un reportage vidéo du Monde revenait sur la question, et identifiait des combattants, mais aussi des commandants charismatiques des régiments ukrainiens qui appartiennent ou appartenaient manifestement à des mouvements d’extrême-droite. Une enquête sérieuse? Oui. Et je ne vais pas accuser le journaliste auteur du reportage d’être au service de la propagande du Kremlin (d’ailleurs, il est tout à fait explicite sur ce point dans la vidéo).

Cependant, cette couverture me semble profondément insatisfaisante, car jouant essentiellement sur nos émotions et nos réflexes, plus que sur la réflexion et la compréhension de ce qu’on observe. Nous autres chercheurs en portons une part de responsabilité, car c’est à nous d’introduire de la profondeur dans un sujet qui parle en premier aux tripes. La question de l’extrême droite est aussi légitime à aborder sur le terrain ukrainien que sur le terrain russe, français ou américain, à condition de bien la traiter, en l’inscrivant dans son contexte, en la mettant en perspective et en s’appuyant sur une recherche de terrain. Sinon, on ne fait que réagir de manière réflexe à la volonté de Moscou de nous imposer ce sujet.

La discussion que nous avons conduite avec mon collègue Bertrand de Franqueville, publiée dans Le Grand Continent, adopte une démarche d’explication, pas de dénonciation. Bertrand a conduit une longue recherche en Ukraine sur les extrêmes politiques, à la fois de gauche et de droite , dans les milieux militants comme militaires. Cette profondeur de champ lui permet de réfléchir à l’histoire de ces mouvements, à leur ancrage dans le paysage politique ukrainien, à leur rôle dans la conduite de la guerre et à leur avenir politique. J’espère que la thèse de doctorat qu’il a consacrée à ce sujet sera bientôt publiée, et je renvoie également le lecteur désireux de continuer à approfondir le sujet à l’article en accès libre coécrit par Bertrand de Franqueville et Adrien Nonjon en 2023, portant sur le mouvement Azov, ou encore à cet ouvrage collectif, In the eye of the Storm, co-dirigé par Adrien.

Les mouvements ultranationalistes – vous allez le comprendre en lisant notre entretien avec Bertrand – ne sont pas un sujet central dans la vie politique ukrainienne. Ils ne sont pas non plus un non sujet. Mais ils cesseront de nourrir nos fantasmes à partir du moment où on aura une vision un peu posée de leur place dans la société. Tout ce que nous écrivons sur l’extrême-droite en Ukraine peut être (et sera) instrumentalisé par des acteurs pro-russes. Tout, sauf précisément ce qui introduit de la nuance et donne des outils pour comprendre.

6 réponses à « De la bonne manière de parler de l’ultranationalisme en Ukraine »

  1. Avatar de elegantbuttery8c9c68c208
    elegantbuttery8c9c68c208

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  2. sans nier leurs existences , il serait intéressant de rappeler , à la différence de la France , que lors des dernières élections législatives 2019 en Ukraine l’ensemble des formations d’extrême droite étaient très loin des 5% de suffrages exprimés

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    1. C’est dans l’article.

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  3. Avatar de moncorger.jean-francois@neuf.fr
    moncorger.jean-francois@neuf.fr

    Il serait utile de rappeler les résultats des dernières élections législatives 2019 en Ukraine où l’ensemble des formations d’extrême droite sont .très loin d’obtenir 5% des suffrages exprimés ….  Evidemment ,il y a en Ukraine des néo nazis et autres groupuscules tout comme en France , en Allemagne et que dire de la Russie ….    

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    1. On en parle dans l’article.

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