Un commentaire à chaud sur la vidéo enregisrée par l’ancien ministre de la défense Fedorov, où il formule une critique du fonctionnement politique du pays et appelle à des élections.
Vous entendrez parler de crise politique, de fragilisation de l’équipe présidentielle, de l’émergence d’un opposant politique. Rien de cela n’est faux, on rentre dans une zone de turbulence. Mais pour moi, le vrai sujet n’est pas forcément là.
Les critiques que l’ancien ministre fait dans sa vidéo ne sont pas nouvelles. Elles sont partagées par un grand nombre d’Ukrainiens: nécessité de faire vivre la démocratie, critique de la gestion d’équipe par le président, inacceptabilité de la corruption en temps de guerre. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, les Ukrainiens savent faire la part des choses entre ce qu’ils reprochent à leur président et à leur parlement, et la nécessité de soutenir leurs institutions pour préserver la souveraineté de l’Etat. Mais tout le monde sait que le jour où les élections se tiendront, ce bilan va peser.
Sur le fond, les critiques de Fedorov ne sont pas le signe d’un dysfonctionnement politique, mais plutôt d’un fonctionnement assez sain. Un acteur politique de premier plan se positionne comme une alternative à Zelensky. Ce n’est pas un militaire mais un civil; ce n’est pas non plus quelqu’un d’étranger à la défense de l’Ukraine. C’est une personnalité qui a des soutiens dans la société; il est populaire dans les milieux techn des forces armées et de la soviété. Fedorov a clairement la posture d’un canddiat à la prochaine présidentielle. Et c’est tout ce que l’on peut souhaiter à une démocratie: une pluralité de candidats portant des projets sérieux. Que cet opposant potentiel soit issu du cercle même des proches de Zelensky est aussi, finalement, très banal dans un fonctionnement démocratique. Il y a peut-être une crise politique, mais pas de crise systémique.
Ce qui est nouveau dans l’adresse de Fedorov, c’est cependant l’idée que les élections sont possibles. L’argument politique est recevable: la guerre s’est installée dans la durée, refuser la tenue d’élections, c’est aussi donner à la Russie une victoire en la laissant rythmer le timing du jeu politique ukrainien. Mais Fedorov ne parle pas seulement du principe. Sans rentrer dans le détail, il dit: la tenue d’élections est possible. L’Ukraine doit retrouver un processus d’alternance démocratique, sans attendre la sortie de loi martiale.
Et là, il faut se rappeler qui est Fedorov: ancien ministre de la numérisation qui a transformé une bureaucratie d’imprimante et de papier en un système modernisé et rapide. Ancien ministre de la Défense qui a accompagné l’innovation et l’esprit d’initiative qui permettent aujourd’hui à l’armée ukrainienne d’accomplir des choses que personne n’avait anticipées. S’il travaille vraiment à un projet permettant de tenir des élections en temps de guerre, nous avons tout intérêt à suivre le sujet de près. J’imagine que le vote électronique sera au coeur de ce projet – collègues spécialistes du sujet, réglez vos radars, car ce sera riche d’enseignements.
J’attends la suite avec intérêt plus qu’avec inquiétude. Une fois de plus, l’Ukraine pourrait être là où personne ne l’attend.


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